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Ce ne sont pas la les occupations d'une femme malade, n'est-ce pas ? mais je me porte assez bien. J'espere que je ne vous causerai plus jamais un voyage aussi dangereux que celui d'hier soir.
Il n'y avait aucun danger lors de ce voyage", ai-je repondu.
–La riviere, oui, la riviere ! J'ai pense a cela et a tant de choses qui pourraient t'arriver a cause de moi.
Un voyage de trois lieues ? Vous appelez ca… ?
–Ce voyage au cours duquel vous auriez pu vous noyer, dit ici le docteur, si surpris qu'il ne m'avait pas encore presse et qu'il en parlait deja. Vous et lui, a votre retour, vous avez du attendre deux heures que la riviere baisse.
–Le medecin a cheval est une mule ; et sa mule patiente n'est pas la meme chose qu'un bon cheval.
L'homme qui habite la petite maison pres du col, m'interrompit Maria, en reconnaissant ce matin ton cheval noir, s'est etonne que le cavalier qui s'est jete dans la riviere cette nuit ne se soit pas noye au moment ou il lui criait qu'il n'y avait pas de gue. Oh, non, non ; je ne veux pas retomber malade. Le docteur ne t'a-t-il pas dit que je ne retomberai pas malade ?
Oui, repondis-je, et il m'a promis de ne pas laisser passer deux jours de suite dans cette quinzaine sans venir vous voir.
Ainsi, vous n'aurez plus a vous deplacer la nuit. Qu'est-ce que j'aurais fait si…
Tu aurais beaucoup pleure, n'est-ce pas ? repondis-je en souriant.
Il m'a regarde quelques instants et j'ai ajoute :
Puis-je etre sur de mourir a tout moment, convaincu que…
–De quoi ?
Et deviner le reste dans mes yeux :
–Toujours, toujours ! ajouta-t-elle presque secretement, semblant examiner la magnifique dentelle des coussins.
Et j'ai des choses bien tristes a vous dire, reprit-il apres quelques instants de silence, si tristes qu'elles sont la cause de ma maladie. Vous etiez sur la montagne. Maman sait tout cela ; et j'ai entendu papa lui dire que ma mere etait morte d'une maladie dont je n'ai jamais entendu le nom ; que vous etiez destine a faire une belle carriere ; et que je… Ah, je ne sais pas si ce que j'ai entendu est vrai – je ne merite pas que tu sois comme tu es avec moi.
Des larmes roulent de ses yeux voiles a ses joues pales, qu'elle s'empresse d'essuyer.
Ne dis pas cela, Maria, ne le pense pas, dis-je ; non, je t'en supplie.
–Mais j'en ai entendu parler, et puis je n'en ai plus entendu parler.... Pourquoi, alors ?
–Ecoutez, je vous en prie, je… je… Me permettrez-vous de vous ordonner de ne plus en parler ?
Elle avait laisse tomber son front sur le bras sur lequel elle s'appuyait et dont je serrais la main dans la mienne, lorsque j'entendis dans la piece voisine le bruissement des vetements d'Emma qui s'approchaient.
Ce soir-la, a l'heure du diner, mes soeurs et moi etions dans la salle a manger et attendions mes parents, qui prenaient plus de temps que d'habitude. Enfin, on les entendit parler dans le salon, comme s'ils terminaient une conversation importante. La noble physionomie de mon pere montrait, par la legere contraction des extremites de ses levres, et par la petite ride entre ses sourcils, qu'il venait d'avoir une lutte morale qui l'avait bouleverse. Ma mere etait pale, mais sans faire le moindre effort pour paraitre calme, elle me dit en s'asseyant a table :
Je n'avais pas pense a vous dire que Jose etait venu nous voir ce matin et vous inviter a une chasse ; mais quand il a appris la nouvelle, il a promis de revenir tres tot demain matin. Savez-vous s'il est vrai qu'une de ses filles se marie ?
–Il essaiera de vous consulter sur son projet", remarque mon pere distraitement.
C'est probablement une chasse a l'ours", ai-je repondu.
–De l'ours ? Quoi ! Vous chassez l'ours ?
–Oui, monsieur ; c'est une drole de chasse que j'ai faite avec lui plusieurs fois.
–Dans mon pays, dit mon pere, on te prendrait pour un barbare ou un heros.
–Et pourtant ce jeu est moins dangereux que celui du cerf, qui se pratique tous les jours et partout ; car le premier, au lieu d'obliger les chasseurs a degringoler involontairement a travers les bruyeres et les cascades, n'exige qu'un peu d'agilite et de precision dans le tir.
Mon pere, dont le visage n'etait plus aussi renfrogne qu'auparavant, nous parla de la facon dont on chassait le cerf a la Jamaique et de l'attachement de ses proches a ce genre de passe-temps, Solomon se distinguant parmi eux par sa tenacite, son habilete et son enthousiasme, dont il nous raconta, en riant, quelques anecdotes.
Lorsque nous nous sommes leves de table, il s'est approche de moi et m'a dit :
–Ta mere et moi avons quelque chose a te dire ; viens dans ma chambre plus tard.
Lorsque je suis entre dans la piece, mon pere ecrivait en tournant le dos a ma mere, qui se trouvait dans la partie la moins eclairee de la piece, assise dans le fauteuil qu'elle occupait toujours lorsqu'elle s'y arretait.
Asseyez-vous", dit-il en cessant d'ecrire un instant et en me regardant par-dessus le verre blanc et les miroirs cercles d'or.