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MICHEL. Mais on peut en gu'erir ?
LE DOCTEUR. Comment vous dire… C’est une chance que vous soyez venu me voir moi pr'ecis'ement. Un autre m'edecin pour rien au monde ne vous soignerait.
MICHEL. Oui, vous l’avez d'ej`a dit.
LE DOCTEUR. Donc ca, vous vous en souvenez ?
MICHEL. Bien s^ur.
LE DOCTEUR. C’est bien. Et d’une mani`ere g'en'erale, vous souvenez-vous de quelque chose ?
MICHEL. Je me souviens de tout. De mon enfance, de l’'ecole, du travail. Mais je peux compl`etement oublier ce qu’il m’est arriv'e une semaine ou une heure plus t^ot. Et puis soudain me rappeler. Et oublier `a nouveau. C’est affreux.
LE DOCTEUR. Tout va bien, tout va bien, rien n’est irr'eparable.
MICHEL. Comment s’appelle ma maladie ?
LE DOCTEUR. C’est une des formes de la scl'erose. Difficile de dire pour l’instant, laquelle pr'ecis'ement. Il en existe beaucoup. (Ajoutant les donn'ees sur la fiche m'edicale.) Comment vous sentez-vous physiquement ?
MICHEL. Normal.
LE DOCTEUR. Quel comportement votre femme a-t-elle `a votre 'egard ?
MICHEL. Normal.
LE DOCTEUR. Quand avez-vous eu des rapports intimes avec elle pour la derni`ere fois ?
MICHEL. (Apr`es une longue r'eflexion.) Je ne me rappelle pas.
LE DOCTEUR. (Se prenant par la t^ete de d'esespoir.) Mon cher, soyons honn^ete, vous ^etes un cas un peu difficile. Faisons une petite pause.
MICHEL. Pourquoi ?
LE DOCTEUR. Parce que je suis fatigu'e. Et je suis pris d’un mal de t^ete.
MICHEL. (Compatissant.) Je peux vous donner un comprim'e…
LE DOCTEUR. (Il hurle.) Pas la peine ! Avalez-le vous-m^eme ! (Se reprenant.) Excusez-moi, je suis effectivement fatigu'e. O`u en 'etions-nous ?
MICHEL. Vous demandez `a faire une petite pause.
LE DOCTEUR. Quelle pause ? Ah ! oui… Attendez, je vous prie, dans la salle d’attente. Je vous appellerai.
MICHEL se dirige vers la sortie, mais revient.
MICHEL. `A propos, c’est au sujet des relations intimes… Dites, ma maladie n’est pas contagieuse ?
LE DOCTEUR. Fondamentalement, non. Quoique… (Il r'efl'echit. Une id'ee d'esagr'eable lui vient `a l’esprit. Son visage s’assombrit.) R'ecemment il a 'et'e 'emis l’hypoth`ese que certaines formes de scl'erose seraient dues `a des virus et seraient contagieuses.
MICHEL. Donc, vous voulez dire…
LE DOCTEUR. (L’interrompant.) 'Eloignez-vous de moi. (Il met `a la h^ate un masque de protection et se regarde, inquiet, dans un miroir.)
MICHEL. Vous n’avez toujours pas r'epondu `a ma question.
LE DOCTEUR. Mais allez-vous me laisser tranquille, ne serait-ce que cinq minutes ?
MICHEL sort. Le DOCTEUR prend sur l’'etag`ere un gros livre m'edical de r'ef'erence et commence `a le feuilleter f'ebrilement, puis le jette de c^ot'e. Il prend la bouteille thermos et se verse du caf'e, tente de le boire mais est g^en'e par le masque de protection. Il l’^ote, avale de petites gorg'ees et petit `a petit retrouve son calme. Il remarque la note laiss'ee sur le bureau par MICHEL et, tout en la regardant, compose le num'ero.
LE DOCTEUR. Allo ? Ir`ene ? Excusez-moi, c’est `a nouveau le docteur. Je voulais vous dire, que, bien que vous m’ayez trait'e d’insolent, vous avez une voix tr`es agr'eable. Ce n’est rien. C’'etait un malentendu. Seulement voil`a, un de mes patients affirmait que vous 'etiez sa femme. Michel Grelot. Comment ?! Vous ^etes effectivement sa femme ? Mais vous aviez dit que vous n’aviez pas de mari ! Pardon, je ne voulais absolument pas vous offenser. Dire `a une femme qu’elle n’a pas de mari, ca n’est quand m^eme pas lui faire offense. Oui… Oui… Je comprends. Je comprends. Je comprends. (La conversation est interrompue.) C’est `a n’y rien comprendre.
Entre MICHEL.
MICHEL. Vous permettez ?
LE DOCTEUR. (Remettant son masque `a la h^ate.) Je vous en prie.
MICHEL. (Il s’avance vers le Docteur et lui dit `a mi-voix `a l’oreille.) Docteur, je souffre d’amn'esie.
LE DOCTEUR. (S’'ecartant.) Je sais.
MICHEL. ('Etonn'e.) Comment le savez-vous ?
LE DOCTEUR. C’est vous-m^eme qui l’avez dit.
MICHEL. Quand ?
LE DOCTEUR. `A l’instant. Et avant, aussi.
MICHEL. Comment ai-je pu vous le dire, si je vous vois pour la premi`ere fois ?
LE DOCTEUR. Pour la premi`ere fois ? Moi ?
MICHEL. Et de plus, je le cache `a tout le monde. Je ne peux confier ce secret qu’`a un m'edecin.
LE DOCTEUR. Mais je suis m'edecin, bon sang !
MICHEL. (R'ejoui.) C’est vrai ? Enfin ! Alors, voil`a, docteur, je souffre d’amn'esie.
LE DOCTEUR prend un carafon d’eau et se verse `a boire, prend un comprim'e et l’avale.