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Цветы зла
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Бодлер Шарль Пьер

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X

L'ENNEMI

Ma jeunesse ne fut qu'un t'en'ebreux orage, Travers'e c`a et l`a par de brillants soleils; Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage, Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils. Voil`a que j'ai touch'e l'automne des id'ees, Et qu'il faut employer la pelle et les r^ateaux Pour rassembler `a neuf les terres inond'ees, O`u l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux. Et qui sait si les fleurs nouvelles que je r^eve Trouveront dans ce sol lav'e comme une gr`eve Le mystique aliment qui ferait leur vigueur? – ^O douleur! ^O douleur! Le temps mange la vie, Et l'obscur ennemi qui nous ronge le coeur Du sang que nous perdons cro^it et se fortifie!

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XI

LE GUIGNON

Pour soulever un poids si lourd, Sisyphe, il faudrait ton courage! Bien qu'on ait du coeur `a l'ouvrage, L'art est long et le temps est court. Loin des s'epultures c'el`ebres, Vers un cimeti`ere isol'e, Mon coeur, comme un tambour voil'e, Va battant des marches fun`ebres. — Maint joyau dort enseveli Dans les t'en`ebres et l'oubli, Bien loin des pioches et des sondes; Mainte fleur 'epanche `a regret Son parfum doux comme un secret Dans les solitudes profondes.

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XII

LA VIE ANT'ERIEURE

J'ai longtemps habit'e sous de vastes portiques Que les soleils marins teignaient de mille feux, Et que leurs grands piliers, droits et majestueux, Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques. Les houles, en roulant les images des cieux, M^elaient d'une facon solennelle et mystique Les tout-puissants accords de leur riche musique Aux couleurs du couchant refl'et'e par mes yeux. C'est l`a que j'ai v'ecu dans les volupt'es calmes, Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs Et des esclaves nus, tout impr'egn'es d'odeurs, Qui me rafra^ichissaient le front avec des palmes, Et dont l'unique soin 'etait d'approfondir Le secret douloureux qui me faisait languir.

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XIII

BOH'EMIENS EN VOYAGE

La tribu proph'etique aux prunelles ardentes Hier s'est mise en route, emportant ses petits Sur son dos, ou livrant `a leurs fiers app'etits Le tr'esor toujours pr^et des mamelles pendantes. Les hommes vont `a pied sous leurs armes luisantes Le long des chariots o`u les leurs sont blottis, Promenant sur le ciel des yeux appesantis Par le morne regret des chim`eres absentes. Du fond de son r'eduit sablonneux, le grillon, Les regardant passer, redouble sa chanson; Cyb`ele, qui les aime, augmente ses verdures, Fait couler le rocher et fleurir le d'esert Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert L'empire familier des t'en`ebres futures.

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XIV

L'HOMME ET LA MER

Homme libre, toujours tu ch'eriras la mer! La mer est ton miroir; tu contemples ton ^ame Dans le d'eroulement infini de sa lame, Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer. Tu te plais `a plonger au sein de ton image; Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur Se distrait quelquefois de sa propre rumeur Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage. Vous ^etes tous les deux t'en'ebreux et discrets: Homme, nul n'a sond'e le fond de tes ab^imes, ^O mer, nul ne conna^it tes richesses intimes, Tant vous ^etes jaloux de garder vos secrets! Et cependant voil`a des si`ecles innombrables Que vous vous combattez sans piti'e ni remord, Tellement vous aimez le carnage et la mort, ^O lutteurs 'eternels, ^o fr`eres implacables!

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XV

DON JUAN AUX ENFERS

Quand Don Juan descendit vers l'onde souterraine Et quand il eut donn'e son obole `a Charon, Un sombre mendiant, oeil fier comme Antisth`ene, D'un bras vengeur et fort saisit chaque aviron. Montrant leurs seins pendants et leurs robes ouvertes, Des femmes se tordaient sous le noir firmament, Et, comme un grand troupeau de victimes offertes, Derri`ere lui tra^inaient un long mugissement. Sganarelle en riant lui r'eclamait ses gages, Tandis que Don Luis avec un doigt tremblant Montrait `a tous les morts errant sur les rivages Le fils audacieux qui railla son front blanc. Frissonnant sous son deuil, la chaste et maigre Elvire, Pr`es de l''epoux perfide et qui fut son amant, Semblait lui r'eclamer un supr^eme sourire O`u brill^at la douceur de son premier serment. Tout droit dans son armure, un grand homme de pierre Se tenait `a la barre et coupait le flot noir; Mais le calme h'eros, courb'e sur sa rapi`ere, Regardait le sillage et ne daignait rien voir.

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XVI

CH^ATIMENT DE L'ORGUEIL

En ces temps merveilleux o`u la th'eologie Fleurit avec le plus de s`eve et d''energie, On raconte qu'un jour un docteur des plus grands, Apr`es avoir forc'e les coeurs indiff'erents; Les avoir remu'es dans leurs profondeurs noires; — Apr`es avoir franchi vers les c'elestes gloires Des chemins singuliers `a lui-m^eme inconnus, O`u les purs esprits seuls peut-^etre 'etaient venus, - — Comme un homme mont'e trop haut, pris de panique, S''ecria, transport'e d'un orgueil satanique: "J'esus, petit J'esus! Je t'ai pouss'e bien haut! Mais, si j'avais voulu t'attaquer au d'efaut De l'armure, ta honte 'egalerait ta gloire, Et tu ne serais plus qu'un foetus d'erisoire!" Imm'ediatement sa raison s'en alla. L''eclat de ce soleil d'un cr^epe se voila; Tout le chaos roula dans cette intelligence, Temple autrefois vivant, plein d'ordre et d'opulence, Sous les plafonds duquel tant de pompe avait lui. Le silence et la nuit s'install`erent en lui, Comme dans un caveau dont la clef est perdue. D`es lors il fut semblable aux b^etes de la rue, Et, quand il s'en allait sans rien voir, `a travers Les champs, sans distinguer les 'et'es des hivers, Sale inutile et laid comme une chose us'ee, Il faisait des enfants la joie et la ris'ee.

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XVII

LA BEAUT'E

Je suis belle, ^o mortels! Comme un r^eve de pierre, Et mon sein, o`u chacun s'est meurtri tour `a tour, Est fait pour inspirer au po`ete un amour 'Eternel et muet ainsi que la mati`ere. Je tr^one dans l'azur comme un sphinx incompris; J'unis un coeur de neige `a la blancheur des cygnes; Je hais le mouvement qui d'eplace les lignes, Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris. Les po`etes, devant mes grandes attitudes, Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments, Consumeront leurs jours en d'aust`eres 'etudes; Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants, De purs miroirs qui font toutes choses plus belles: Mes yeux, mes larges yeux aux clart'es 'eternelles!
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