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Цветы зла
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Бодлер Шарль Пьер

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XXVI

SED NON SATIATA

Bizarre d'eit'e, brune comme les nuits, Au parfum m'elang'e de musc et de havane, OEuvre de quelque obi, le Faust de la savane, Sorci`ere au flanc d''eb`ene, enfant des noirs minuits, Je pr'ef`ere au constance, `a l'opium, au nuits, L''elixir de ta bouche o`u l'amour se pavane; Quand vers toi mes d'esirs partent en caravane, Tes yeux sont la citerne o`u boivent mes ennuis. Par ces deux grands yeux noirs, soupiraux de ton ^ame, ^O d'emon sans piti'e! Verse-moi moins de flamme; Je ne suis pas le Styx pour t'embrasser neuf fois, H'elas! Et je ne puis, m'eg`ere libertine, Pour briser ton courage et te mettre aux abois, Dans l'enfer de ton lit devenir Proserpine!

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XXVII

Avec ses v^etements ondoyants et nacr'es, M^eme quand elle marche on croirait qu'elle danse, Comme ces longs serpents que les jongleurs sacr'es Au bout de leurs b^atons agitent en cadence. Comme le sable morne et l'azur des d'eserts, Insensibles tous deux `a l'humaine souffrance, Comme les longs r'eseaux de la houle des mers, Elle se d'eveloppe avec indiff'erence. Ses yeux polis sont faits de min'eraux charmants, Et dans cette nature 'etrange et symbolique O`u l'ange inviol'e se m^ele au sphinx antique, O`u tout n'est qu'or, acier, lumi`ere et diamants, Resplendit `a jamais, comme un astre inutile, La froide majest'e de la femme st'erile.

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XXVIII

LE SERPENT QUI DANSE

Que j'aime voir, ch`ere indolente, De ton corps si beau, Comme une 'etoffe vacillante, Miroiter la peau! Sur ta chevelure profonde Aux ^acres parfums, Mer odorante et vagabonde Aux flots bleus et bruns, Comme un navire qui s''eveille Au vent du matin, Mon ^ame r^eveuse appareille Pour un ciel lointain. Tes yeux, o`u rien ne se r'ev`ele De doux ni d'amer, Sont deux bijoux froids o`u se m^ele L'or avec le fer. `A te voir marcher en cadence, Belle d'abandon, On dirait un serpent qui danse Au bout d'un b^aton. Sous le fardeau de ta paresse Ta t^ete d'enfant Se balance avec la mollesse D'un jeune 'el'ephant, Et ton corps se penche et s'allonge Comme un fin vaisseau Qui roule bord sur bord et plonge Ses vergues dans l'eau. Comme un flot grossi par la fonte Des glaciers grondants, Quand l'eau de ta bouche remonte Au bord de tes dents, Je crois boire un vin de Boh^eme, Amer et vainqueur, Un ciel liquide qui pars`eme D''etoiles mon coeur!

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XXIX

UNE CHAROGNE

Rappelez-vous l'objet que nous v^imes, mon ^ame, Ce beau matin d''et'e si doux: Au d'etour d'un sentier une charogne inf^ame Sur un lit sem'e de cailloux, Les jambes en l'air, comme une femme lubrique, Br^ulante et suant les poisons, Ouvrait d'une facon nonchalante et cynique Son ventre plein d'exhalaisons. Le soleil rayonnait sur cette pourriture, Comme afin de la cuire `a point, Et de rendre au centuple `a la grande nature Tout ce qu'ensemble elle avait joint; Et le ciel regardait la carcasse superbe Comme une fleur s''epanouir. La puanteur 'etait si forte, que sur l'herbe Vous cr^utes vous 'evanouir. Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride, D'o`u sortaient de noirs bataillons De larves, qui coulaient comme un 'epais liquide Le long de ces vivants haillons. Tout cela descendait, montait comme une vague, Ou s''elancait en p'etillant; On e^ut dit que le corps, enfl'e d'un souffle vague, Vivait en se multipliant. Et ce monde rendait une 'etrange musique, Comme l'eau courante et le vent, Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique Agite et tourne dans son van. Les formes s'effacaient et n''etaient plus qu'un r^eve, Une 'ebauche lente `a venir, Sur la toile oubli'ee, et que l'artiste ach`eve Seulement par le souvenir. Derri`ere les rochers une chienne inqui`ete Nous regardait d'un oeil f^ach'e, 'Epiant le moment de reprendre au squelette Le morceau qu'elle avait l^ach'e. — Et pourtant vous serez semblable `a cette ordure, `A cette horrible infection, 'Etoile de mes yeux, soleil de ma nature, Vous, mon ange et ma passion! Oui! Telle vous serez, ^o la reine des gr^aces, Apr`es les derniers sacrements Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses, Moisir parmi les ossements. Alors, ^o ma beaut'e! Dites `a la vermine Qui vous mangera de baisers, Que j'ai gard'e la forme et l'essence divine De mes amours d'ecompos'es!

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XXX

DE PROFUNDIS CLAMAVI

J'implore ta piti'e, toi, l'unique que j'aime, Du fond du gouffre obscur o`u mon coeur est tomb'e. C'est un univers morne `a l'horizon plomb'e, O`u nagent dans la nuit l'horreur et le blasph`eme; Un soleil sans chaleur plane au-dessus six mois, Et les six autres mois la nuit couvre la terre; C'est un pays plus nu que la terre polaire; — Ni b^etes, ni ruisseaux, ni verdure, ni bois! Or il n'est pas d'horreur au monde qui surpasse La froide cruaut'e de ce soleil de glace Et cette immense nuit semblable au vieux chaos; Je jalouse le sort des plus vils animaux Qui peuvent se plonger dans un sommeil stupide, Tant l''echeveau du temps lentement se d'evide!

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XXXI

LE VAMPIRE

Toi qui, comme un coup de couteau, Dans mon coeur plaintif es entr'ee; Toi qui, forte comme un troupeau De d'emons, vins, folle et par'ee, De mon esprit humili'e Faire ton lit et ton domaine; — Inf^ame `a qui je suis li'e Comme le forcat `a la cha^ine, Comme au jeu le joueur t^etu, Comme `a la bouteille l'ivrogne, Comme aux vermines la charogne, — Maudite, maudite sois-tu! J'ai pri'e le glaive rapide De conqu'erir ma libert'e, Et j'ai dit au poison perfide De secourir ma l^achet'e. H'elas! Le poison et le glaive M'ont pris en d'edain et m'ont dit: "Tu n'es pas digne qu'on t'enl`eve `A ton esclavage maudit, Imb'ecile! — de son empire Si nos efforts te d'elivraient, Tes baisers ressusciteraient Le cadavre de ton vampire!"

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XXXII

Une nuit que j''etais pr`es d'une affreuse Juive, Comme au long d'un cadavre un cadavre 'etendu, Je me pris `a songer pr`es de ce corps vendu `A la triste beaut'e dont mon d'esir se prive. Je me repr'esentais sa majest'e native, Son regard de vigueur et de gr^aces arm'e, Ses cheveux qui lui font un casque parfum'e, Et dont le souvenir pour l'amour me ravive. Car j'eusse avec ferveur bais'e ton noble corps, Et depuis tes pieds frais jusqu'`a tes noires tresses, D'eroul'e le tr'esor des profondes caresses, Si, quelque soir, d'un pleur obtenu sans effort Tu pouvais seulement, ^o reine des cruelles! Obscurcir la splendeur de tes froides prunelles.

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XXXIII

REMORDS POSTHUME

Lorsque tu dormiras, ma belle t'en'ebreuse, Au fond d'un monument construit en marbre noir, Et lorsque tu n'auras pour alc^ove et manoir Qu'un caveau pluvieux et qu'une fosse creuse; Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse Et tes flancs qu'assouplit un charmant nonchaloir, Emp^echera ton coeur de battre et de vouloir, Et tes pieds de courir leur course aventureuse, Le tombeau, confident de mon r^eve infini (Car le tombeau toujours comprendra le po`ete), Durant ces grandes nuits d'o`u le somme est banni, Te dira:"Que vous sert, courtisane imparfaite, De n'avoir pas connu ce que pleurent les morts?" — Et le ver rongera ta peau comme un remords.
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