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Цветы зла
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Бодлер Шарль Пьер

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XLVII

HARMONIE DU SOIR

Voici venir les temps o`u vibrant sur sa tige Chaque fleur s''evapore ainsi qu'un encensoir; Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir; Valse m'elancolique et langoureux vertige! Chaque fleur s''evapore ainsi qu'un encensoir; Le violon fr'emit comme un coeur qu'on afflige; Valse m'elancolique et langoureux vertige! Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir. Le violon fr'emit comme un coeur qu'on afflige, Un coeur tendre, qui hait le n'eant vaste et noir! Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir; Le soleil s'est noy'e dans son sang qui se fige. Un coeur tendre, qui hait le n'eant vaste et noir, Du pass'e lumineux recueille tout vestige! Le soleil s'est noy'e dans son sang qui se fige… Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir!

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XLVIII

LE FLACON

Il est de forts parfums pour qui toute mati`ere Est poreuse. On dirait qu'ils p'en`etrent le verre. En ouvrant un coffret venu de l'Orient Dont la serrure grince et rechigne en criant, Ou dans une maison d'eserte quelque armoire Pleine de l'^acre odeur des temps, poudreuse et noire, Parfois on trouve un vieux flacon qui se souvient, D'o`u jaillit toute vive une ^ame qui revient. Mille pensers dormaient, chrysalides fun`ebres, Fr'emissant doucement dans les lourdes t'en`ebres, Qui d'egagent leur aile et prennent leur essor, Teint'es d'azur, glac'es de rose, lam'es d'or. Voil`a le souvenir enivrant qui voltige Dans l'air troubl'e; les yeux se ferment; le Vertige Saisit l'^ame vaincue et la pousse `a deux mains Vers un gouffre obscurci de miasmes humains; Il la terrasse au bord d'un gouffre s'eculaire, O`u, Lazare odorant d'echirant son suaire, Se meut dans son r'eveil le cadavre spectral D'un vieil amour ranci, charmant et s'epulcral. Ainsi, quand je serai perdu dans la m'emoire Des hommes, dans le coin d'une sinistre armoire Quand on m'aura jet'e, vieux flacon d'esol'e, D'ecr'epit, poudreux, sale, abject, visqueux, f^el'e, Je serai ton cercueil, aimable pestilence! Le t'emoin de ta force et de ta virulence, Cher poison pr'epar'e par les anges! Liqueur Qui me ronge, ^o la vie et la mort de mon coeur!

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XLIX

LE POISON

Le vin sait rev^etir le plus sordide bouge D'un luxe miraculeux, Et fait surgir plus d'un portique fabuleux Dans l'or de sa vapeur rouge, Comme un soleil couchant dans un ciel n'ebuleux. L'opium agrandit ce qui n'a pas de bornes, Allonge l'illimit'e, Approfondit le temps, creuse la volupt'e, Et de plaisirs noirs et mornes Remplit l'^ame au del`a de sa capacit'e. Tout cela ne vaut pas le poison qui d'ecoule De tes yeux, de tes yeux verts, Lacs o`u mon ^ame tremble et se voit `a l'envers… Mes songes viennent en foule Pour se d'esalt'erer `a ces gouffres amers. Tout cela ne vaut pas le terrible prodige De ta salive qui mord, Qui plonge dans l'oubli mon ^ame sans remord, Et, charriant le vertige, La roule d'efaillante aux rives de la mort!

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L

CIEL BROUILL'E

On dirait ton regard d'une vapeur couvert; Ton oeil myst'erieux (est-il bleu, gris ou vert?) Alternativement tendre, r^eveur, cruel, R'efl'echit l'indolence et la p^aleur du ciel. Tu rappelles ces jours blancs, ti`edes et voil'es, Qui font se fondre en pleurs les coeurs ensorcel'es Quand, agit'es d'un mal inconnu qui les tord, Les nerfs trop 'eveill'es raillent l'esprit qui dort. Tu ressembles parfois `a ces beaux horizons Qu'allument les soleils des brumeuses saisons… Comme tu resplendis, paysage mouill'e Qu'enflamment les rayons tombant d'un ciel brouill'e! ^O femme dangereuse, ^o s'eduisants climats! Adorerai-je aussi ta neige et vos frimas, Et saurai-je tirer de l'implacable hiver Des plaisirs plus aigus que la glace et le fer?

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LI

LE CHAT

I
Dans ma cervelle se prom`ene, Ainsi qu'en son appartement, Un beau chat, fort, doux et charmant. Quand il miaule, on l'entend `a peine,
Tant son timbre est tendre et discret; Mais que sa voix s'apaise ou gronde, Elle est toujours riche et profonde, C'est l`a son charme et son secret. Cette voix, qui perle et qui filtre, Dans mon fonds le plus t'en'ebreux, Me remplit comme un vers nombreux Et me r'ejouit comme un philtre. Elle endort les plus cruels maux Et contient toutes les extases; Pour dire les plus longues phrases, Elle n'a pas besoin de mots. Non, il n'est pas d'archet qui morde Sur mon coeur, parfait instrument, Et fasse plus royalement Chanter sa plus vibrante corde, Que ta voix, chat myst'erieux, Chat s'eraphique, chat 'etrange, En qui tout est, comme en un ange, Aussi subtil qu'harmonieux!
II
De sa fourrure blonde et brune Sort un parfum si doux, qu'un soir J'en fus embaum'e, pour l'avoir Caress'ee une fois, rien qu'une.
C'est l'esprit familier du lieu; Il juge, il pr'eside, il inspire Toutes choses dans son empire; Peut-^etre est-il f'ee, est-il dieu? Quand mes yeux, vers ce chat que j'aime Tir'es comme par un aimant, Se retournent docilement Et que je regarde en moi-m^eme, Je vois avec 'etonnement Le feu de ses prunelles p^ales, Clairs fanaux, vivantes opales, Qui me contemplent fixement.

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LII

LE BEAU NAVIRE

Je veux te raconter, ^o molle enchanteresse! Les diverses beaut'es qui parent ta jeunesse; Je veux te peindre ta beaut'e, O`u l'enfance s'allie `a la maturit'e. Quand tu vas balayant l'air de ta jupe large, Tu fais l'effet d'un beau vaisseau qui prend le large, Charg'e de toile, et va roulant Suivant un rythme doux, et paresseux, et lent. Sur ton cou large et rond, sur tes 'epaules grasses, Ta t^ete se pavane avec d''etranges gr^aces; D'un air placide et triomphant Tu passes ton chemin, majestueuse enfant. Je veux te raconter, ^o molle enchanteresse! Les diverses beaut'es qui parent ta jeunesse; Je veux te peindre ta beaut'e, O`u l'enfance s'allie `a la maturit'e. Ta gorge qui s'avance et qui pousse la moire, Ta gorge triomphante est une belle armoire Dont les panneaux bomb'es et clairs Comme les boucliers accrochent des 'eclairs; Boucliers provoquants, arm'es de pointes roses! Armoire `a doux secrets, pleine de bonnes choses, De vins, de parfums, de liqueurs Qui feraient d'elirer les cerveaux et les coeurs! Quand tu vas balayant l'air de ta jupe large, Tu fais l'effet d'un beau vaisseau qui prend le large, Charg'e de toile, et va roulant Suivant un rythme doux, et paresseux, et lent. Tes nobles jambes, sous les volants qu'elles chassent, Tourmentent les d'esirs obscurs et les agacent, Comme deux sorci`eres qui font Tourner un philtre noir dans un vase profond. Tes bras, qui se joueraient des pr'ecoces hercules, Sont des boas luisants les solides 'emules, Faits pour serrer obstin'ement, Comme pour l'imprimer dans ton coeur, ton amant. Sur ton cou large et rond, sur tes 'epaules grasses, Ta t^ete se pavane avec d''etrange gr^aces; D'un air placide et triomphant Tu passes ton chemin, majestueuse enfant.

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LIII

L'INVITATION AU VOYAGE

Mon enfant, ma soeur, Songe `a la douceur D'aller l`a-bas vivre ensemble! Aimer `a loisir, Aimer et mourir Au pays qui te ressemble! Les soleils mouill'es De ces ciels brouill'es Pour mon esprit ont les charmes Si myst'erieux De tes tra^itres yeux, Brillant `a travers leurs larmes. L`a, tout n'est qu'ordre et beaut'e, Luxe, calme et volupt'e. Des meubles luisants, Polis par les ans, D'ecoreraient notre chambre; Les plus rares fleurs M^elant leurs odeurs Aux vagues senteurs de l'ambre, Les riches plafonds, Les miroirs profonds, La splendeur orientale, Tout y parlerait `A l'^ame en secret Sa douce langue natale. L`a, tout n'est qu'ordre et beaut'e, Luxe, calme et volupt'e. Vois sur ces canaux Dormir ces vaisseaux Dont l'humeur est vagabonde; C'est pour assouvir Ton moindre d'esir Qu'ils viennent du bout du monde. — Les soleils couchants Rev^etent les champs, Les canaux, la ville enti`ere, D'hyacinthe et d'or; Le monde s'endort Dans une chaude lumi`ere. L`a, tout n'est qu'ordre et beaut'e, Luxe, calme et volupt'e.

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LIV

L'IRR'EPARABLE

Pouvons-nous 'etouffer le vieux, le long Remords, Qui vit, s'agite et se tortille, Et se nourrit de nous comme le ver des morts, Comme du ch^ene la chenille? Pouvons-nous 'etouffer l'implacable Remords? Dans quel philtre, dans quel vin, dans quelle tisane, Noierons-nous ce vieil ennemi, Destructeur et gourmand comme la courtisane, Patient comme la fourmi? Dans quel philtre? — dans quel vin? — dans quelle tisane? Dis-le, belle sorci`ere, oh! Dis, si tu le sais, `A cet esprit combl'e d'angoisse Et pareil au mourant qu''ecrasent les bless'es, Que le sabot du cheval froisse, Dis-le, belle sorci`ere, oh! dis, si tu le sais, `A cet agonisant que le loup d'ej`a flaire Et que surveille le corbeau, `A ce soldat bris'e! S'il faut qu'il d'esesp`ere D'avoir sa croix et son tombeau; Ce pauvre agonisant que d'ej`a le loup flaire! Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir? Peut-on d'echirer des t'en`ebres Plus denses que la poix, sans matin et sans soir, Sans astres, sans 'eclairs fun`ebres? Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir? L'esp'erance qui brille aux carreaux de l'Auberge Est souffl'ee, est morte `a jamais! Sans lune et sans rayons, trouver o`u l'on h'eberge Les martyrs d'un chemin mauvais! Le Diable a tout 'eteint aux carreaux de l'auberge! Adorable sorci`ere, aimes-tu les damn'es? Dis, connais-tu l'irr'emissible? Connais-tu le Remords, aux traits empoisonn'es, `A qui notre coeur sert de cible? Adorable sorci`ere, aimes-tu les damn'es? L'Irr'eparable ronge avec sa dent maudite Notre ^ame, piteux monument, Et souvent il attaque, ainsi que le termite, Par la base le b^atiment. L'Irr'eparable ronge avec sa dent maudite! — J'ai vu parfois, au fond d'un th'e^atre banal Qu'enflammait l'orchestre sonore, Une f'ee allumer dans un ciel infernal Une miraculeuse aurore; J'ai vu parfois au fond d'un th'e^atre banal Un ^etre, qui n''etait que lumi`ere, or et gaze, Terrasser l''enorme Satan; Mais mon coeur, que jamais ne visite l'extase, Est un th'e^atre o`u l'on attend Toujours, toujours en vain, l'^Etre aux ailes de gaze!
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