Шрифт:
русский
CIII
LE CR'EPUSCULE DU MATIN
русский
LE VIN
CIV
L'^AME DU VIN
русский
CV
LE VIN DES CHIFFONNIERS
русский
CVI
LE VIN DE L'ASSASSIN
русский
CVII
LE VIN DU SOLITAIRE
русский
CVIII
LE VIN DES AMANTS
русский
FLEURS DU MAL
CIX
LA DESTRUCTION
русский
CX
UNE MARTYRE
DESSIN D'UN MA^ITRE INCONNU
Au milieu des flacons, des 'etoffes lam'ees Et des meubles voluptueux, Des marbres, des tableaux, des robes parfum'ees Qui tra^inent `a plis somptueux, Dans une chambre ti`ede o`u, comme en une serre, L'air est dangereux et fatal, O`u des bouquets mourants dans leurs cercueils de verre Exhalent leur soupir final, Un cadavre sans t^ete 'epanche, comme un fleuve, Sur l'oreiller d'esalt'er'e Un sang rouge et vivant, dont la toile s'abreuve Avec l'avidit'e d'un pr'e. Semblable aux visions p^ales qu'enfante l'ombre Et qui nous encha^inent les yeux, La t^ete, avec l'amas de sa crini`ere sombre Et de ses bijoux pr'ecieux, Sur la table de nuit, comme une renoncule, Repose; et, vide de pensers, Un regard vague et blanc comme le cr'epuscule S''echappe des yeux r'evuls'es. Sur le lit, le tronc nu sans scrupules 'etale Dans le plus complet abandon La secr`ete splendeur et la beaut'e fatale Dont la nature lui fit don; Un bas ros^atre, orn'e de coins d'or, `a la jambe, Comme un souvenir est rest'e; La jarreti`ere, ainsi qu'un oeil secret qui flambe, Darde un regard diamant'e. Le singulier aspect de cette solitude Et d'un grand portrait langoureux, Aux yeux provocateurs comme son attitude, R'ev`ele un amour t'en'ebreux, Une coupable joie et des f^etes 'etranges Pleines de baisers infernaux, Dont se r'ejouissait l'essaim des mauvais anges Nageant dans les plis des rideaux; Et cependant, `a voir la maigreur 'el'egante De l''epaule au contour heurt'e, La hanche un peu pointue et la taille fringante Ainsi qu'un reptile irrit'e, Elle est bien jeune encore! — son ^ame exasp'er'ee Et ses sens par l'ennui mordus S''etaient-ils entr'ouverts `a la meute alt'er'ee Des d'esirs errants et perdus? L'homme vindicatif que tu n'as pu, vivante, Malgr'e tant d'amour, assouvir, Combla-t-il sur ta chair inerte et complaisante L'immensit'e de son d'esir? R'eponds, cadavre impur! Et par tes tresses roides Te soulevant d'un bras fi'evreux, Dis-moi, t^ete effrayante, a-t-il sur tes dents froides Coll'e les supr^emes adieux? — Loin du monde railleur, loin de la foule impure, Loin des magistrats curieux, Dors en paix, dors en paix, 'etrange cr'eature, Dans ton tombeau myst'erieux; Ton 'epoux court le monde, et ta forme immortelle Veille pr`es de lui quand il dort; Autant que toi sans doute il te sera fid`ele, Et constant jusques `a la mort.