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Цветы зла
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Бодлер Шарль Пьер

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LXXIX

OBSESSION

Grands bois, vous m'effrayez comme des cath'edrales; Vous hurlez comme l'orgue; et dans nos coeurs maudits, Chambres d''eternel deuil o`u vibrent de vieux r^ales, R'epondent les 'echos de vos De profundis. Je te hais, Oc'ean! Tes bonds et tes tumultes, Mon esprit les retrouve en lui; ce rire amer De l'homme vaincu, plein de sanglots et d'insultes, Je l'entends dans le rire 'enorme de la mer. Comme tu me plairais, ^o nuit! Sans ces 'etoiles Dont la lumi`ere parle un langage connu! Car je cherche le vide, et le noir, et le nu! Mais les t'en`ebres sont elles-m^emes des toiles O`u vivent, jaillissant de mon oeil par milliers, Des ^etres disparus aux regards familiers.

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LXXX

LE GO^UT DU N'EANT

Morne esprit, autrefois amoureux de la lutte, L'espoir, dont l''eperon attisait ton ardeur, Ne veut plus t'enfourcher! Couche-toi sans pudeur, Vieux cheval dont le pied `a chaque obstacle bute. R'esigne-toi, mon coeur; dors ton sommeil de brute. Esprit vaincu, fourbu! Pour toi, vieux maraudeur, L'amour n'a plus de go^ut, non plus que la dispute; Adieu donc, chants du cuivre et soupirs de la fl^ute! Plaisirs, ne tentez plus un coeur sombre et boudeur! Le Printemps adorable a perdu son odeur! Et le Temps m'engloutit minute par minute, Comme la neige immense un corps pris de roideur; Je contemple d'en haut le globe en sa rondeur Et je n'y cherche plus l'abri d'une cahute. Avalanche, veux-tu m'emporter dans ta chute?

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LXXXI

ALCHIMIE DE LA DOULEUR

L'un t''eclaire avec son ardeur, L'autre en toi met son deuil, Nature! Ce qui dit `a l'un: S'epulture! Dit `a l'autre: Vie et splendeur! Herm`es inconnu qui m'assistes Et qui toujours m'intimidas, Tu me rends l''egal de Midas, Le plus triste des alchimistes; Par toi je change l'or en fer Et le paradis en enfer; Dans le suaire des nuages Je d'ecouvre un cadavre cher, Et sur les c'elestes rivages Je b^atis de grands sarcophages.

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LXXXII

HORREUR SYMPATHIQUE

De ce ciel bizarre et livide, Tourment'e comme ton destin, Quels pensers dans ton ^ame vide Descendent? R'eponds, libertin. — Insatiablement avide De l'obscur et de l'incertain, Je ne geindrai pas comme Ovide Chass'e du paradis latin. Cieux d'echir'es comme des gr`eves, En vous se mire mon orgueil; Vos vastes nuages en deuil Sont les corbillards de mes r^eves, Et vos lueurs sont le reflet De l'Enfer o`u mon coeur se pla^it.

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LXXXIII

L'H'EAUTONTIMOROUM'ENOS

`A J.G.F.

Je te frapperai sans col`ere Et sans haine, comme un boucher, Comme Mo"ise le rocher! Et je ferai de ta paupi`ere, Pour abreuver mon Saharah, Jaillir les eaux de la souffrance. Mon d'esir gonfl'e d'esp'erance Sur tes pleurs sal'es nagera Comme un vaisseau qui prend le large, Et dans mon coeur qu'ils so^uleront Tes chers sanglots retentiront Comme un tambour qui bat la charge! Ne suis-je pas un faux accord Dans la divine symphonie, Gr^ace `a la vorace Ironie Qui me secoue et qui me mord? Elle est dans ma voix, la criarde! C'est tout mon sang, ce poison noir! Je suis le sinistre miroir O`u la m'eg`ere se regarde! Je suis la plaie et le couteau! Je suis le soufflet et la joue! Je suis les membres et la roue, Et la victime et le bourreau! Je suis de mon coeur le vampire, — Un de ces grands abandonn'es Au rire 'eternel condamn'es, Et qui ne peuvent plus sourire!

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LXXXIV

L'IRR'EM'EDIABLE

I
Une Id'ee, une Forme, un ^Etre Parti de l'azur et tomb'e Dans un Styx bourbeux et plomb'e O`u nul oeil du Ciel ne p'en`etre;
Un Ange, imprudent voyageur Qu'a tent'e l'amour du difforme, Au fond d'un cauchemar 'enorme Se d'ebattant comme un nageur, Et luttant, angoisses fun`ebres! Contre un gigantesque remous Qui va chantant comme les fous Et pirouettant dans les t'en`ebres; Un malheureux ensorcel'e Dans ses t^atonnements futiles, Pour fuir d'un lieu plein de reptiles, Cherchant la lumi`ere et la cl'e; Un damn'e descendant sans lampe, Au bord d'un gouffre dont l'odeur Trahit l'humide profondeur, D''eternels escaliers sans rampe, O`u veillent des monstres visqueux Dont les larges yeux de phosphore Font une nuit plus noire encore Et ne rendent visibles qu'eux; Un navire pris dans le p^ole, Comme en un pi`ege de cristal, Cherchant par quel d'etroit fatal Il est tomb'e dans cette ge^ole; — Embl`emes nets, tableau parfait D'une fortune irr'em'ediable, Qui donne `a penser que le Diable Fait toujours bien tout ce qu'il fait!
II
T^ete-`a-t^ete sombre et limpide Qu'un coeur devenu son miroir! Puits de V'erit'e, clair et noir, O`u tremble une 'etoile livide,
Un phare ironique, infernal, Flambeau des gr^aces sataniques, Soulagement et gloire uniques, — La conscience dans le Mal!

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LXXXV

L'HORLOGE

Horloge! Dieu sinistre, effrayant, impassible, Dont le doigt nous menace et nous dit:"Souviens-toi! Les vibrantes douleurs dans ton coeur plein d'effroi Se planteront bient^ot comme dans une cible; Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse; Chaque instant te d'evore un morceau du d'elice `A chaque homme accord'e pour toute sa saison. Trois mille six cents fois par heure, la Seconde Chuchote: Souviens-toi! — Rapide, avec sa voix D'insecte, maintenant dit: je suis Autrefois, Et j'ai pomp'e ta vie avec ma trompe immonde! Remember! Souviens-toi! Prodigue! Esto memor! (Mon gosier de m'etal parle toutes les langues.) Les minutes, mortel fol^atre, sont des gangues Qu'il ne faut pas l^acher sans en extraire l'or! Souviens-toi que le Temps est un joueur avide Qui gagne sans tricher, `a tout coup! C'est la loi. Le jour d'ecro^it; la nuit augmente; souviens-toi! Le gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide. Tant^ot sonnera l'heure o`u le divin Hasard, O`u l'auguste Vertu, ton 'epouse encor vierge, O`u le Repentir m^eme (oh! La derni`ere auberge!), O`u tout te dira: Meurs, vieux l^ache! Il est trop tard!"

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TABLEAUX PARISIENS

LXXXVI

PAYSAGE

Je veux, pour composer chastement mes 'eglogues, Coucher aupr`es du ciel, comme les astrologues, Et, voisin des clochers, 'ecouter en r^evant Leurs hymnes solennels emport'es par le vent. Les deux mains au menton, du haut de ma mansarde, Je verrai l'atelier qui chante et qui bavarde; Les tuyaux, les clochers, ces m^ats de la cit'e, Et les grands ciels qui font r^ever d''eternit'e. Il est doux, `a travers les brumes, de voir na^itre L''etoile dans l'azur, la lampe `a la fen^etre, Les fleuves de charbon monter au firmament Et la lune verser son p^ale enchantement. Je verrai les printemps, les 'et'es, les automnes; Et quand viendra l'hiver aux neiges monotones, Je fermerai partout porti`eres et volets Pour b^atir dans la nuit mes f'eeriques palais. Alors je r^everai des horizons bleu^atres, Des jardins, des jets d'eau pleurant dans les alb^atres, Des baisers, des oiseaux chantant soir et matin, Et tout ce que l'Idylle a de plus enfantin. L''Emeute, temp^etant vainement `a ma vitre, Ne fera pas lever mon front de mon pupitre; Car je serai plong'e dans cette volupt'e D''evoquer le Printemps avec ma volont'e, De tirer un soleil de mon coeur, et de faire De mes pensers br^ulants une ti`ede atmosph`ere.
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