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LUI. Et ensuite?
ELLE. Bien des ann'ees plus tard, notre s'educteur vieillissant s’arr^eta par hasard dans ce m^eme h^otel et dans cette m^eme chambre. S’approchant de la fen^etre, il vit soudain les mots grav'es avec le diamant. « Vous oublierez aussi Henriette. » Et Casanova comprit qu’effectivement il l’avait oubli'ee, que la vie passe, mais lui s’agite toujours autant, et toute nouvelle amour « 'eternelle » ne dure que quelques jours… Pareil pour vous, vous m’oublierez, vous m’oublierez plus vite que ne dispara^itront ces mots bien que je les aie 'ecrits uniquement avec mon doigt sur un carreau embu'e.
LUI. (Il l’attire soudain `a lui et l’embrasse.). Tu es merveilleuse… des comme toi, je n’en ai jamais rencontr'e… Tu es si d'eroutante… Si on doit se s'eparer dans quelques heures… Nous devons nous s'eparer… Mais je me souviendrai longtemps de toi, tr`es longtemps!
ELLE. (Rayonnante de bonheur.). Enfin…
LUI. J’en ai eu envie tout le temps… Mais tu ne te donnais pas.
ELLE. Parce que tu ne voulais pas comme ca.
LUI. Et `a pr'esent je veux comme ca?
ELLE. `A pr'esent oui.
LUI. « Aimez elles r'epondaient », oui?
ELLE. Oui. Tu vois, comment on passe naturellement au tutoiement?
LUI. Je n’'etais qu’un sot.
ELLE. Et tu le restes.
LUI. Tu n’as pas cess'e de me remettre en place avec ton vouvoiement
ELLE. Parce qu’il le fallait.
LUI. Oui, j’ai eu un comportement indigne. Dis-moi, pourquoi m’as-tu accost'e? Sois franche.
ELLE. Tu ne devines pas?
LUI. Non.
ELLE. Pourtant, je t’ai d'ej`a expliqu'e.
LUI. S’il te pla^it, ne me parle pas d’amour fou et subit. Nous ne nous connaissions pas.
ELLE. Je sais, cela n’est pas de ton go^ut. Tu penses, comme tout le monde, qu’une femme ne doit pas se comporter ainsi. Mais si je ne t’avais pas abord'e, nous ne nous serions pas connus.
LUI. Tu as bien fait, mais qu’est-ce qui t’a d'ecid'ee?
ELLE. Le fait, probablement, que je ne suis pas heureuse.
LUI. Toi non plus?
ELLE. Moi non plus. Est-ce qu’une femme combl'ee irait accoster un inconnu?
LUI. Et moi j’avais l’impression que tu n’arr^etais pas de me taquiner.
ELLE. Oui, je voulais que cela n’ait l’air que d’un jeu, parce qu’en r'ealit'e tout cela 'etait s'erieux. Et puis avec mes sarcasmes et ma vulgarit'e j’avais d'ecid'e de te faire partir… J’avais compris qu’il me serait difficile de te laisser moi-m^eme.
LUI. C’est vrai?
ELLE. C’est vrai. Et cela m’a fait peur.
LUI. Tu m’as attir'e d`es le premier instant.
ELLE. Je sais. Tous les hommes sont attir'es par toutes les femmes. Mais j’avais envie de quelque chose de plus grand, d’impossible.
LUI. De quoi, donc?
ELLE. Que veut toute femme? L’amour.
LUI. Eh bien, tu l’as presque obtenu.
ELLE. « Presque »? C’est donc que je n’ai rien obtenu… et au matin tu prends l’avion…
LUI. Ne pensons pas au matin. Dis-moi d’o`u tu viens, toute envelopp'ee de myst`ere?
ELLE. Aucun myst`ere, tout est banal et simple. Mais je ne dirai rien. Je veux rester dans ton souvenir la myst'erieuse inconnue.
LUI. Pourquoi? Je me suis bien confess'e, moi. Mais pourquoi tant de scrupules? De toute facon, nous nous s'eparons d’ici une heure ou deux.
ELLE. (Sur un ton de voix chang'e.). Avec quelle l'eg`eret'e tu dis cela…
LUI. Mais nous allons bien nous s'eparer.
ELLE. Et il n’y a pas d’autre possibilit'e?
LUI. Et quelle autre possibilit'e peut-il encore y avoir? Le billet est achet'e, le travail m’attend `a la maison…
ELLE. (S’'ecartant de lui.). Et tu ne peux pas reporter ton d'epart d’un jour, d’une heure? Toute ta vie est-elle programm'ee et 'ecrite jusqu’`a son terme? Tu ne peux te d'eplacer qu’en suivant une ligne droite? Tu as peur de faire un pas `a droite ou `a gauche?
LUI. Je n’ai pas peur, mais…
ELLE. Non, tu as peur. Tu as peur des femmes. Tu as peur des sentiments. Tu as peur, comme tu dis, du romantisme. Tu disais que tu n’aimais pas les rencontres faciles, mais ce sont pr'ecis'ement ces rencontres faciles que tu pr'ef`eres. Rencontres tranquilles. Qui ne te troublent pas. Qui ne changent rien. Qu’importe qu’elles ne donnent pas de joie pourvu qu’elles ne causent pas de d'esagr'ements. Sur une base raisonnable, comme en 'economie politique. Marchandise-argent-marchandise. Lit-argent-lit. Mais aucun amour. C’est bien ca?